INSTABILITE CHRONIQUE
Emmanuel MACRON, confronté aux votes de défiance qui ont conduit aux départs successifs de ses précédents Premiers ministres, a choisi de nommer Sébastien LECORNU, ex-LR rallié à son camp. Ancien ministre des Armées, il devient le septième chef de gouvernement de Macron ; un record sous la Ve République, désormais marquée par une instabilité inédite depuis juin 2024. Ce choix est présenté comme une ultime option : en cas d’échec, une nouvelle dissolution paraît inévitable, alors que le président, affaibli et impopulaire, ne dispose plus d’aucune marge d’erreur.
Eric GALIEGUE, Directeur de la Recherche chez PHIADVISOR VALQUANT, nous propose ici une analyse approfondie des impacts potentiels, en particulier sur le plan économique, de ce nouvel épisode qui s’inscrit dans une instabilité politique durable.
« Une situation vite digérée ?
Une première réponse est de considérer que la psychologie générale des marchés est tellement positive, voire euphorique, que la situation bien connue de notre pays importe très peu et sera vite « digérée ». Au pire, comme pendant quelques mois au second semestre de l’année dernière, les actions françaises accuseront le coup et subiront au sein de la zone euro, une prime de risque un peu plus élevée.
Depuis un an, quand même, le CAC 40 est en hausse de 1,6% seulement, vs +8,7% pour l’Euro Stoxx 50, et probablement plus en raison du poids du secteur du luxe dans l’indice, que de l’impact de la dissolution et de l’instabilité politique interne qui en a suivi. L’argument de l’intégration de la France à l’Europe et à l’euro, et du « too big to fail » seront vite avancés, et très vite les marchés s’intéresseront plus aux chiffres d’inflation et aux données du marché de l’emploi US, ou aux performances des « 7 magnifiques ». Et oublieront la situation politique interne d’un pays surendetté, en déclin et incapable de prendre les mesures de bon sens que la réalité exige. Les grandes entreprises nationales, qui réalisent souvent plus des 3/4 de leurs ventes hors de France, ne seront pas réellement impactées.
Vers une situation insurrectionnelle ?
Une seconde réponse est de considérer que nous sommes à la veille de ce que les politiques nationaux craignent le plus : une situation insurrectionnelle, capable de « tout bloquer », et de créer un traumatisme grave, particulièrement nuisible à la croissance économique et à l’investissement des entreprises d’une façon générale. Les mesures prises d’urgence seront forcément mal vécues, car imposées au peuple par le gouvernement et non par la représentation démocratique. Dans ce cas de figure, la protection de l’Europe et de l’euro serait limitée, et l’on pourrait potentiellement assister à une contagion au reste de la zone. La situation actuelle de faiblesse politique et diplomatique de l’Europe, sa dépendance vis-à-vis des USA en termes militaires, augmentent le risque d’une fuite devant l’Europe et devant l’euro. Ce cas de figure nous semble peu probable, pour deux raisons. La première est que la zone euro doit se comparer aux ensembles systémiques majeurs : les USA, bien sûr, mais aussi la zone chinoise et le Japon. Et comme dit l’adage « quand je me regarde je me désole, quand je me compare je me console ».
En effet, la zone euro relativement aux USA présente toujours un excèdent commercial élevé, qui ne peut être combattu que par de lâches et injustes droits de douane dont on a tant parlé. Son endettement public a beaucoup augmenté mais est peu différent de celui des USA et du Japon. Jusqu’à preuve du contraire, elle constitue l’ensemble économique et financier le plus important au monde, où règne la démocratie, l’état de droit et la sécurité des biens et des personnes. La seconde raison, qui est en fait liée à la première, est la force de l’euro. Les marchés des changes ne s’inquiètent pas de la signature des pays de la zone euro, puisque sa monnaie s’est fortement appréciée contre le dollar.
Une sphère financière en circuit fermé
Comme la sphère financière fonctionne en circuit fermé, les investisseurs n’ont pas beaucoup de choix. Une « fuite » devant l’euro n’a pas grand sens, sauf si les grands pays de la zone souhaitent mettre un terme à cette union monétaire, ce qui n’est pas le cas. Les partis populistes ou considérés comme extrêmes n’ont plus cette perspective à leur programme. Le retour à la monnaie nationale n’est plus un rêve politique et l’adhésion à l’euro demeure forte dans tous les pays.
Les marchés financiers ne s’attaqueront pas à l’Europe et à l’euro, mais ils pourraient s’attaquer à la France en augmentant très sensiblement et durablement le spread de taux, comme l’Italie ou la Grèce à une certaine époque. Avec une dette qui dépasse les 3.000 milliards d’euros, la mesure de l’impact défavorable sur le déficit national est facile à réaliser, et produirait une boucle de rétroaction négative, fondée sur la hausse du déficit auto entretenu par la baisse de la croissance et le niveau trop élevé de la charge de la dette. Ainsi, une partie du déclin de la croissance s’expliquerait par le montant excessif de la dette.
France : la croissance en berne

Le spread de l’OAT France avec le Bund allemand se tend, et le niveau du taux français se rapproche de celui payé par l’Italie. Pendant des années, le spread vs Bund des obligations italiennes a évolué entre 1,5% et 2%, comme le montre le graphique ci-dessous.

Par analogie avec ce pays si proche de la France, le taux de l’OAT, pour un niveau de Bund actuellement à 2,75%, pourrait atteindre 4,25% à 4,75%, soit le niveau actuellement payé par les USA, contre 3,5% actuellement. La situation de ce point de vue serait inversée vis-à-vis de l’Italie, par rapport à celle qui a prévalu jusque l’été dernier, jusque l’épisode de la dissolution de l’Assemblée nationale par le Président de la République.
Cet évènement politique national incompris, serait le point de départ de la prise de conscience par les marchés financiers de la fragilité de la France, matérialisée par la dérive du spread de taux avec l’Allemagne. »
Les marchés actions ont retrouvé des niveaux de valorisation élevés, alors même que les incertitudes politiques réapparaissent, en témoigne l’épisode évoqué dans cette Lettre d’Information Financière.
Dans ce contexte, nous avons anticipé une réduction de l’exposition au risque sur les portefeuilles des contrats sous gestion, afin de protéger une partie de la surperformance et des gains réalisés depuis le début de l’année 2025.
Le point marché : Au niveau de nos portefeuilles, entre le 1er juillet et le 31 août, les contrats d’assurance dont nous assurons la gestion se sont tous appréciés.
Sur cette période, les portefeuilles « prudents », « équilibrés » et « dynamiques » des contrats domiciliés en France sont respectivement en hausse moyenne de +1,01 % brut, en hausse moyenne de +1,58 % bruts et en hausse moyenne de +2,98 % bruts. Les portefeuilles « modérés » domiciliés au Luxembourg ont également augmenté de +1,30 % bruts en moyenne sur ladite période.
L’Equipe de veille économique de PlusValue Conseil
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