Chargement ...
Les-actualités-good

UNE HISTOIRE DE RICHES

Pour cette lettre d’été – un peu plus longue que d’habitude, et pensée pour accompagner vos lectures de juillet-août – nous prenons volontairement un peu de hauteur. Loin de l’agitation économique et géopolitique quotidienne, nous vous proposons un regard sur le temps long : deux millénaires d’histoire économique mondiale pour mieux comprendre les dynamiques profondes qui façonnent notre présent. 

François D’HAUTEFEUILLE, cofondateur et président d’Evariste Quant Research, revient ici sur la rivalité sino-américaine en la replaçant dans une perspective historique millénaire. En s’appuyant sur les grands penseurs économiques et l’évolution de la répartition mondiale de la richesse, il met en lumière les forces structurelles qui, au-delà des cycles, dessinent les grandes tendances de demain.

« Une bonne connaissance de ces « temps longs » permet de mieux relativiser les bouleversements géopolitiques en cours.

Le graphe ci-dessous estime la part de la richesse mondiale depuis 2000 ans.

On remarque plusieurs points d’inflexion majeurs.

Tout d’abord, les grands Empires méditerranéens de l’Antiquité (Rome, Égypte, Iran) n’ont guère dépassé 20% du PNB mondial du temps de leur apogée alors que la Chine et l’Inde représentaient déjà près de 80% du PNB mondial.

Un point (souvent) ignoré en France est le fait que la France a été un des pays les plus riches du monde depuis 2000 ans. Elle a été particulièrement prospère sous les Capétiens entre 1000 et 1700. Ceci reflète l’extrême richesse de ses terres agricoles, parmi les plus riches du monde, dans un monde alors dominé par l’agriculture.

Le décollage du Royaume Uni initié par les Tudor vers 1500 grâce à l’afflux d’or des Amériques se traduit par un dépassement de la France qu’à la suite des défaites napoléoniennes.

Le basculement du leadership mondial du Royaume Uni vers les USA dans les années 1920 ne vient qu’entériner la surpuissance américaine qui représentait 25% de la richesse mondiale à comparer avec 10% pour le Royaume Uni, 10% pour l’Inde et sans doute 5% pour le reste de l’Empire britannique.

Cette rotation du leadership occidental est remise en cause par le retour de la Chine à une place qui a longtemps été la sienne. L’hégémonie économique Inde/Chine a duré environ 1700 ans avec un poids moyen Chine + Inde d’environ 70% du PNB mondial.

On note clairement une inflexion majeure entre 1700 et 1800 ; le siècle des Lumières, de l’Enlightenment, de l’Aufklaerung a clairement modifié en profondeur les équilibres mondiaux. Le poids du monde occidental passé alors de 30% du PNB mondial en 1700 à un pic de 55% du PNB mondial en 1950.

Ce point d’accélération majeur de la création de richesse apparait encore mieux dans une analyse du PNB par habitant. La croissance de la richesse est très faible jusque 1800. Elle explose ensuite, à commencer par le Royaume Uni, la France et l’Allemagne.

Tocqueville a anticipé dès 1830 dans son livre séminal « la Démocratie en Amériques » l’émergence d’un monde dominé par la démocratie Américaine et l’autocratie Russe. Alors qu’en 1830, les USA ne repressentaient que 5% du PNB mondial et la Russie 10%. On est loin du pic de 1950 où les USA étaient montés à 35% du PNB mondial et la Russie 15% soit un pic de 50% par les deux hyperpuissances.

La remontée de l’Asie est initiée par le Japon avec un pic en 1990. La Chine explose à partir de l’accord Deng Xiao Ping de 1980 (voyage de Nixon à Pékin initié par Kissinger) au détriment de la Russie. La Chine passe ainsi d’environ 10% du PNB Mondial à environ 30%.

Un enseignement fondamental de ce graphe est que la surcroissance du monde occidental n’est pas liée à la monnaie (Keynes), à la religion (Max Weber), au capitalisme (Marx), mais aux institutions démocratiques (Tocqueville et Hayek).

Pour Keynes, la répartition de la richesse mondiale est liée au cycle de la monnaie via la découverte des mines d’or et d’argent qui permettent d’augmenter la masse monétaire et donc la richesse. Or, on note que l’Espagne a peu profité de son contrôle de l’or du nouveau monde et même l’Europe (France de François 1er et Angleterre Tudorienne) ont alors une croissance très limitée de leur richesse relative par rapport à la Chine.

Pour Max Weber, c’est le protestantisme qui crée de la richesse via une éthique du travail liée à une théologie de la grâce divine. Or, la France ou l’Italie, grandes puissances catholiques, dominent clairement l’Allemagne et même le Royaume Uni jusqu’environ 1850 soit 300 ans après Luther et Calvin …

Pour Marx, c’est l’accumulation de la richesse du travail vers le capital, fondement du capitalisme qui permet le décollage de la croissance économique au prix d’une inégalité sociale croissante. Or, le capitalisme en Italie du 14e siècle et s’est diffusé à la Renaissance dans toute l’Europe. On voit bien un frémissement de l’Europe sur la période 1500 1700 mais il reste très lent, l’Europe occidentale passant seulement de 10% à environ 15% du PNB mondial.

Une étude plus concentrée des richesses par habitant met en exergue la stagnation du PNB par habitant du Japon et de l’Italie, les deux « malades » du monde occidental. Seuls les USA ne décrochent pas et maintiennent une croissance de leur PNB par habitant.

Ceci pose des questions fondamentales. La stagnation occidentale dénoncée par Olivier Todd reflète-t-elle la surcroissance économique de la Chine financée par une épargne forcée des pays occidentaux à commencer par le Japon et l’Italie ? Le rééquilibrage de la croissance mondiale au détriment de la Chine permettra-t-elle de relancer la croissance européenne ? Quel est l’impact des politiques climatiques sur ce changement de paradigme ? Est-il possible de maintenir une croissance économique de la richesse par habitant en découplant la consommation énergétique et la création de richesse ? Ou la politique énergétique européenne est-elle en train de découpler la croissance économique européenne de celle des USA ?

Quelles implications en stratégie d’investissements ?

Toutes ces analyses peuvent sembler bien abstraites pour définir une stratégie d’investissement dans le monde bouleversé que nous traversons.

Elles sont pourtant d’une grande importance. Elles permettent d’affirmer qu’il y a de grandes chances que le monde occidental maintienne son leadership mondial.

L’Inde a clairement le potentiel de rejoindre la Chine comme usine du monde. Elle ne reprendrait ainsi une place qui a toujours été la sienne jusqu’à la conquête anglaise de la « Perle » de l’Empire.

L’Amérique du Sud et l’Afrique / Moyen Orient sont les grands absents de ce graphique. Ils constituent la dernière frontière qui pourra peut-être un jour prendre le relai de la Chine et de l’Inde dans la croissance mondiale.

Pour la stratégie d’investissement dans les pays émergents, nous continuons ainsi à surpondérer l’Inde vis-à-vis de la Chine et du reste des émergents.

Pour les actions monde, nous continuons à privilégier les actions Monde et technologiques USA aux actions Européennes.

Conclusion

L’étude de la répartition de la richesse mondiale millénaire apporte des indications intéressantes pour une allocation d’actifs. Elle met en exergue la puissance millénaire de la Chine mais aussi de l’Inde comme usines du monde. Elle prouve la surpuissance des démocraties par rapport aux autocraties comme système politique et économique maximisant l’intelligence collective et donc la pérennité de la création de richesse.

Comme l’a mis en exergue Friedrich von Hayek dans son livre séminale « les Chemins de la Servitude », la démocratie est le seul système économico politique qui maximise la puissance de l’intelligence collective, la plus puissante de toutes les intelligences et seule source d’intelligence qui pérennise la création de richesses à travers les vicissitudes de l’Histoire. »

En tant que cabinet de conseil en investissement, nous intégrons ces données historiques et ces tendances de fond dans notre processus d’allocation stratégique. Cela nous permet de construire des portefeuilles alignés avec les mouvements structurels de l’économie mondiale, au-delà des fluctuations de court terme.

Le point marché : Au niveau de nos portefeuilles, sur le mois de juin, les contrats d’assurance dont nous assurons la gestion se sont tous appréciés. 

Sur le mois de juin, les portefeuilles « prudents », « équilibrés » et « dynamiques » des contrats domiciliés en France sont respectivement en hausse moyenne de +0,38 % brut, en hausse moyenne de +0,87 % bruts et en hausse moyenne de +0,92 % bruts. Les portefeuilles « modérés » domiciliés au Luxembourg ont également augmenté de +0,43 % bruts en moyenne sur juin.

  

L’Equipe de veille économique de PlusValue Conseil

Retour à la liste

PAS DE TEMPS A PER

21.09.2026

La rentrée est entamée et vous avez reçu votre avis d’imposition, vous pouvez désormais faire le point sur vos revenus et anticiper vos choix d’épargne en vue de la prochaine...

Lire la suite

IA : INVESTIR OU SUBIR

09.06.2026

L’intelligence artificielle s’est progressivement imposée dans le paysage des entreprises ces dernières années, pour en faire désormais partie intégrante. Comment l’intégrer efficacement en entreprise ? Menace-t-elle certains métiers ? Doit-on...

Lire la suite

SUCCESSIONS : L’HERITAGE DANS LE VISEUR

09.06.2026

Avec une dette publique qui frôle les 3.500 milliards d’euros, une question émerge : où l’Etat va-t-il trouver l’argent ? Les revenus sont déjà lourdement taxés, les marges de manœuvre...

Lire la suite